Le carnet · Coulisses
CoulissesOù chaque logiciel DJ range ta bibliothèque
Ta bibliothèque n'est pas dans tes fichiers audio : elle est dans une base que ton logiciel tient à part. Savoir où elle est, ce qu'elle contient et ce qui est lisible change tout le jour où tu changes de machine.
La réponse courte : Serato écrit une base binaire dans Musique/_Serato_,
Traktor un XML dans Documents/Native Instruments, VirtualDJ un XML dans
Documents/VirtualDJ, et rekordbox une base chiffrée qui ne se lit que par
un export XML que tu déclenches toi-même. Les chemins exacts sont plus bas.
Ça compte pour trois raisons très concrètes : sauvegarder, changer de machine, et comprendre pourquoi un outil tiers ne voit pas les morceaux que ton logiciel affiche.
Serato DJ
| Système | Chemin |
|---|---|
| macOS | ~/Musique/_Serato_/database V2 |
| Windows | %USERPROFILE%\Music\_Serato_\database V2 |
Format : binaire, structuré en blocs de quatre lettres suivis de leur longueur. Chaque morceau y porte son chemin, son titre, son artiste, son BPM, sa tonalité et ses points de repère. C'est lisible par un programme, et c'est pour ça que beaucoup d'outils tiers fonctionnent avec Serato sans demander le moindre export.
À côté, le dossier Subcrates contient un fichier par crate. Et
History garde l'historique de tes sessions — c'est là qu'on lit ce qui vient
d'être chargé sur un deck, en direct.
À sauvegarder : tout le dossier _Serato_. Il est petit et il contient
dix ans de travail.
Traktor Pro
| Système | Chemin |
|---|---|
| macOS | ~/Documents/Native Instruments/Traktor X.X.X/collection.nml |
| Windows | %USERPROFILE%\Documents\Native Instruments\Traktor X.X.X\collection.nml |
Format : XML, entièrement lisible. C'est la base la plus ouverte des quatre. Chaque
ENTRY porte le dossier et le nom du fichier séparément, le BPM, la tonalité sous
forme d'un code numérique de 0 à 23, la durée, l'année et le nombre de lectures.
Le piège classique : le numéro de version est dans le nom du dossier. Une mise à jour majeure de Traktor crée un nouveau dossier et y recopie la collection. L'ancienne reste à côté, et un outil qui pointe le mauvais dossier lit une bibliothèque périmée sans rien dire.
VirtualDJ
| Système | Chemin |
|---|---|
| macOS | ~/Documents/VirtualDJ/database.xml ou ~/Bibliothèque/Application Support/VirtualDJ/database.xml |
| Windows | %LOCALAPPDATA%\VirtualDJ\database.xml |
Format : XML lisible. Particularité à connaître : VirtualDJ stocke parfois le tempo comme une période — la durée d'un temps en secondes — et non comme un nombre de battements par minute. Une valeur de 0,47 n'est pas un BPM aberrant, c'est 128 BPM écrit autrement.
rekordbox — le cas particulier
rekordbox 6 et 7 gardent leur collection dans une base chiffrée. Ce n'est pas un oubli, c'est un choix de Pioneer, et aucun outil sérieux ne devrait la déchiffrer : il faudrait pour cela extraire une clé du logiciel.
La voie prévue par Pioneer, c'est l'export XML : Fichier › Exporter la collection au format xml. Tu choisis où le fichier atterrit — Musique ou le Bureau sont les endroits habituels. Un export de vingt-deux mille titres pèse quelques mégaoctets et se lit en une seconde, BPM et tonalités compris, tels que rekordbox les a calculés.
Le piège, et il est sérieux : un export XML est une photo, pas un lien. Il ne se met pas à jour tout seul. Tout ce que tu ajoutes, supprimes ou réanalyses dans rekordbox après l'export n'y figure pas. C'est la cause numéro un des morceaux qui restent proposés par un outil tiers alors que tu les as retirés de ta collection il y a trois semaines. Réexporte quand ta collection a bougé.
iTunes et l'app Musique
| Système | Chemin |
|---|---|
| macOS | ~/Musique/iTunes/iTunes Music Library.xml ou ~/Musique/Music/Music Library.xml |
| Windows | %USERPROFILE%\Music\iTunes\iTunes Music Library.xml |
Ce fichier n'existe que si l'option Partager la bibliothèque XML avec d'autres applications est cochée. C'est justement la case que rekordbox demande de cocher, donc beaucoup de DJs l'ont sans le savoir.
Deux choses à retenir. iTunes sait deux choses que les logiciels DJ ignorent : combien de fois tu as joué un morceau, et la note que tu lui as donnée. En revanche il n'a aucun champ tonalité, et son champ BPM est une saisie manuelle — pas une analyse. Un champ rempli il y a quinze ans par un import approximatif y reste pour toujours. C'est de là que viennent la plupart des tempos franchement faux dans les vieilles bibliothèques.
Et si tu n'utilises aucun de ces logiciels
Il reste les tags des fichiers eux-mêmes — ID3 pour les MP3, Vorbis pour les FLAC. Le tempo
y est dans TBPM, la tonalité dans TKEY, l'année d'origine dans
TORY ou TDOR. Cette dernière mérite un mot : un remaster porte
l'année de sa réédition, pas celle de la chanson. Un Daddy Cool de 1976 réédité en 2010
est daté 2010 dans le champ ordinaire — d'où des classements par époque parfois surprenants.
Ce qu'il faut sauvegarder, en pratique
- La base de ton logiciel — c'est elle qui porte tes crates, tes points de repère et tes tonalités corrigées. Les fichiers audio, eux, tu peux les racheter ; le travail de rangement, non.
- Un export XML de rekordbox, même si tu n'en as pas l'usage aujourd'hui. C'est le seul format que tu pourras relire dans dix ans.
- Les chemins des fichiers doivent rester stables. Toutes ces bases désignent les morceaux par leur chemin. Renommer un dossier parent, c'est casser des milliers de liens d'un coup.
Liaison lit ces cinq sources là où elles se trouvent, sans import manuel et sans jamais rien y écrire — et te prévient quand ton export rekordbox commence à dater.